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Né sous la Révolution, le général Bugeaud a été façonné par les guerres napoléoniennes, notamment en Espagne, avant de mener une carrière politique sous la monarchie de Juillet. Son parcours culmine en Algérie dès 1836, puis comme gouverneur général en 1841, pivot du passage de l’occupation à la colonisation.

À travers sa biographie, l’historienne Colette Zytnicki analyse les violences de cette conquête (razzias, enfumades), les débats qu’elles ont suscités en France dès les années 1840, et la manière dont Bugeaud a lié guerre et colonisation, marquant durablement la mémoire coloniale française.

L’invitée : Colette Zytnicki, professeure émérite à l’université Toulouse-Jean-Jaurès et spécialiste du Maghreb colonial, publie Le Cas Bugeaud. Les violences de la conquête coloniale en Algérie (Tallandier, 336 p., 22,90 €).

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Relire La Société féodale aujourd’hui, c’est redécouvrir une œuvre majeure qui dépasse la simple définition du féodalisme. Marc Bloch y propose une analyse souple des sociétés médiévales, liant économie, territoires et dépendances personnelles.

Mais a-t-il pour autant tout inventé ? Invitant à dépasser le « mythe Bloch », le médiéviste Florian Mazel interroge cet héritage. Si l’historien s’est nourri d’influences multiples, sa méthode novatrice a ouvert des voies cruciales et sa vision de l’histoire sociale résonne encore bien au-delà de nos frontières.

L’invité : Florian Mazel est professeur d’histoire médiévale à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il vient de coéditer avec Yann Potin l’ouvrage collectif Marc Bloch. L’histoire en résistance (Seuil).

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Né en 1732, George Washington grandit dans la société coloniale de Virginie, marquée par l’esclavage et la culture du tabac. Avant de devenir un Père fondateur, cet arpenteur et officier se forge sur la « frontière » sauvage, en pleine rivalité franco-britannique.

Mais sa trajectoire culmine surtout lors de ses deux mandats présidentiels (1789-1796). Face à une république naissante, il doit tout inventer : structurer les institutions, arbitrer les tensions politiques et fixer la diplomatie. Un moment charnière qui va façonner durablement l’État américain.

L’invité : Spécialiste de l’histoire des États-Unis, Yves-Marie Péréon est professeur à l’université Paris Panthéon-Assas. Il publie Washington. Le premier des Américains aux éditions Tallandier.

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Dans ce dernier épisode, nous interrogeons l’abolition de l’esclavage non pas comme un mythe héroïque, mais comme un processus chaotique. Quel rôle ont joué les révoltes d’esclaves face aux récits philanthropiques ? Peut-on parler de liberté quand l’engagisme et le travail forcé ont prolongé les logiques serviles après les décrets ? Un éclairage essentiel sur les mémoires et les héritages de l’esclavage.

L’invité : Vincent Hugueux est journaliste, spécialiste de politique internationale (Afrique) et enseignant à l’ESJ Lille et à Sciences Po. Il signe Les Fers et le fouet. Une histoire raisonnée de l’esclavage (Perrin).

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En juin 1940, la débâcle militaire et l’avènement du régime de Vichy plongent la France dans une refondation autoritaire, marquée par la perte de souveraineté, la collaboration et l’exclusion, mais aussi par l’émergence de la Résistance. Dans son ouvrage La France sous l’Occupation (Éd. du Cerf), l’historien Henry Rousso, directeur de recherche émérite au CNRS, revisite les grands enjeux de ces années noires — de la défaite au retour parmi les vainqueurs en 1945 — et analyse le poids de cet héritage mémoriel qui traverse encore notre société.

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Dans cet épisode, nous explorons deux systèmes esclavagistes souvent absents des récits publics : la traite intra-africaine et la traite arabo-musulmane. Comment se définissent-elles et comment s’articulent-elles avec la traite atlantique ? Routes, justifications, conséquences démographiques, mais aussi tabous mémoriels contemporains : un éclairage indispensable pour appréhender la complexité de l’histoire des esclavages.

L’invité : Journaliste et spécialiste de l’Afrique, Vincent Hugeux enseigne à Sciences Po. Il publie Les Fers et le fouet. Une histoire raisonnée de l’esclavage (Perrin).

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Loin d’être un phénomène univoque, la croisade entremêle guerre, expérience religieuse et propagande politique. Parce qu’elle suscite des lectures divergentes de part et d’autre de la Méditerranée, l’historien Abbès Zouache revient aux sources et aux récits de l’époque. Son analyse éclaire les justifications de la violence médiévale, la place des femmes, mais aussi les usages mémoriels et politiques qui ont transformé cet événement en un objet de mémoire complexe.

L’invité : Abbès Zouache, directeur de recherche au CNRS, publie La Croisade. Une histoire partagée (IFAO), ouvrage récompensé par le Grand Prix du Livre des Journées de l’Histoire 2026 de l’IMA.

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À rebours des simplifications, le spécialiste Vincent Hugeux propose une « histoire raisonnée » de l’esclavage, attentive aux faits et aux contextes. Antiquité, mondes arabo-musulmans, traite atlantique : cet échange déconstruit les idées reçues et interroge la pluralité de ces systèmes sans céder à l’anachronisme. Un entretien nécessaire pour dépasser les tensions mémorielles actuelles et nourrir le débat public.

L’invité : Vincent Hugueux, journaliste et enseignant (Sciences Po / ESJ Lille), publie Les Fers et le fouet. Une histoire raisonnée de l’esclavage (Perrin).

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Au début du XXe siècle, l’Empire ottoman est travaillé par des tensions profondes. Aux difficultés territoriales et aux ingérences des puissances européennes s’ajoutent les défaillances d’un pouvoir autocratique qui, sous Abdülhamid II, étouffe durablement la vie politique et sociale. C’est dans ce climat de crispation, mais aussi d’attente, que se forme le mouvement jeune-turc, autour d’un mot d’ordre central : le rétablissement de la Constitution de 1876.

François Georgeon propose ainsi de revenir sur la matrice idéologique de la révolution jeune-turque, sur ses acteurs et sur le régime politique qui émerge de l’été 1908. Son analyse éclaire l’ivresse de liberté qui saisit alors l’Empire, l’enthousiasme partagé par ses différentes communautés, mais aussi la brièveté de cet état de grâce. Elle met en lumière les ambiguïtés d’une séquence révolutionnaire qui ouvre un horizon d’émancipation avant de se durcir rapidement.

L’invité : François Georgeon est directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste de l’Empire ottoman et de la Turquie contemporaine. Il publie Un printemps ottoman. La révolution jeune-turque de 1908 aux Belles Lettres (306 p., 26,90 €).

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Le royaume d’Éthiopie, ou Abyssinie, offre un exemple singulier de royauté chrétienne en Afrique, prise entre des influences intérieures multiples et une dépendance religieuse extérieure à Alexandrie. La figure du négus s’y incarne dans un corps royal sacralisé, itinérant, et entouré de symboles puissants comme le lion. Que recouvre exactement ce royaume : quelles frontières, quels peuples, quelle diversité religieuse ? Comment un roi chrétien gouverne‑t‑il une société multiculturelle et multilingue avec une langue d’administration propre ? Quelles conséquences politiques entraîne la dépendance de l’Église d’Éthiopie envers le patriarche d’Alexandrie lui‑même soumis au sultan ?

L’invitée : Marie-Laure Derat est directrice de recherche CNRS, historienne et archéologue au sein du laboratoire Orient et Méditerranée. Elle est co-autrice du livre collectif Royautés publié chez CNRS Editions (464 p., 35€).

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Dans les cités grecques, la citoyenneté ne constitue pas un statut acquis une fois pour toutes. Elle repose sur le maintien de la timè, un honneur civique garantissant la pleine participation à la vie politique.

Sa perte, l’atimie, entraîne une déchéance juridique et morale pouvant aller jusqu’à la privation de droits. Elle traduit une citoyenneté sous condition, constamment évaluée et contrôlée par la cité. À travers les normes de conduite, les sanctions et les mécanismes d’exclusion ou de réintégration, se dessine une société où l’appartenance civique reste fragile et surveillée.

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L’Occident musulman médiéval désigne un espace vaste et fragmenté, où le pouvoir du calife doit sans cesse s’inventer pour gouverner des territoires et des populations très divers. La royauté y combine autorité religieuse, contrôle politique et mise en scène matérielle du pouvoir. Comment le calife fait‑il sentir son autorité dans un espace aussi peu unifié ? Quels relais de pouvoir utilise‑t‑il (élites locales, armée, administration, monnaie, architecture) ? En quoi la monnaie et les bâtiments symbolisent‑ils concrètement l’autorité califale ? Le pouvoir du prince musulman est‑il sacré comme celui des rois chrétiens d’Occident, et comment se représente‑t‑il dans un contexte qui limite les images figurées ?

L’invité : Spécialiste des mondes musulmans, Pascal Buresi est directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’EHESS. Il est co-auteur du livre collectif Royautés, paru chez CNRS Éditions (464 p., 35 €).

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Du point de vue européen, 1815 marque une rupture : la chute de Napoléon à Waterloo et le congrès de Vienne consacrent le retour des monarchies et la fin supposée de l’âge des révolutions.

Mais ce récit ne tient pas à l’échelle du monde. En Amérique du Sud, les révolutions se multiplient ; en Afrique de l’Ouest, les équilibres politiques se recomposent ; en Chine, la rébellion du Lotus blanc témoigne de profondes contestations. Autant de dynamiques qui remettent en cause une lecture trop européanocentrée.

Au micro de Storiavoce, l’historien Clément Thibaud propose ainsi de repenser 1815, moins comme une fin que comme une césure propre à l’Europe.

Clément Thibaud est historien, directeur d’études à l’EHESS et spécialiste de l’Amérique latine au XIXe siècle. Il est l’auteur de 1815. Fin de l’âge des révolutions ? (PUF).

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Comment soignait-on dans l’Antiquité ? De la Grèce à la Chine, les sociétés anciennes ont développé des pratiques médicales variées pour traiter la maladie.

Malgré des différences culturelles, des points communs existent : usage de plantes, de minéraux et de substances animales, mais aussi élaboration de grandes théories comme la médecine des humeurs.

Ces similitudes relèvent-elles de coïncidences ou d’échanges entre civilisations ? Quelle place occupaient la religion et la magie dans la médecine antique ? Qui étaient les praticiens ?

Au micro de Storiavoce, Véronique Boudon-Millot analyse les savoirs médicaux antiques à l’échelle des échanges entre Orient et Occident.

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L’expression « islam des Lumières » renvoie à une histoire intellectuelle longue et débattue, qui traverse plus de treize siècles. Dès les premiers temps de l’islam, la pensée musulmane se développe au croisement de la philosophie, des sciences et de la théologie, nourrie d’influences grecques, persanes et chrétiennes.

De l’époque abbasside aux débats avec la modernité européenne, cette tradition oscille entre ouverture au savoir et tensions doctrinales. L’historien Olivier Hanne revient sur cette trajectoire complexe, marquée par des figures intellectuelles, des controverses et des rapports étroits entre pouvoir et savoir.

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Des premières formations politiques du plateau iranien à l’empire fondé par Cyrus le Grand au VIe siècle av. J.-C., l’Iran s’inscrit très tôt dans une logique impériale. Après la conquête arabe au VIIe siècle, il s’intègre au monde islamique tout en conservant une forte identité culturelle et linguistique.

Au fil des siècles, le pays alterne dominations étrangères et renaissances, jusqu’à l’affirmation d’un Iran chiite à l’époque safavide. Au XXe siècle, les réformes des Pahlavi marquent une nouvelle phase de transformation.

Entre continuités et ruptures, cette histoire longue éclaire les dynamiques actuelles du pays.

L’invité : Yves Bomati, historien spécialiste de l’Iran, est l’auteur de Iran. Une histoire de 4 000 ans (coécrit avec Houchang Nahavandi, Perrin).

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Penser la citoyenneté dans la Grèce antique revient d’abord à la définition qu’en donne Aristote : celle d’un individu participant activement à la vie politique de la cité. Mais cette vision théorique masque une réalité plus nuancée. Dans les faits, la citoyenneté n’est pas un statut immuable. Elle distingue des citoyens « de naissance », héritiers d’une appartenance reconnue, et d’autres, intégrés par décision politique. Ce statut apparaît ainsi à la fois juridique, social et stratégique.

À travers ses modes d’attribution et ses usages, la citoyenneté grecque interroge profondément le lien entre identité individuelle et appartenance collective.

L’invitée : Christel Müller, professeure d’histoire grecque à l’université Paris Nanterre, spécialiste de la citoyenneté antique, a récemment publié La fabrique du citoyen.

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La politeia ne se limite pas à la constitution d’une cité : elle désigne aussi la manière dont les citoyens participent à la vie collective. À travers elle, se posent les questions du pouvoir, de l’appartenance civique et du bien commun. Cette émission explore la politeia comme forme de vie politique, entre institutions et citoyenneté, et interroge, depuis la Grèce antique, notre façon d’habiter la cité aujourd’hui.

L’invitée : Christel Müller est professeure d’histoire grecque à l’université Paris Nanterre et membre senior de l’Institut universitaire de France. Spécialiste de la citoyenneté et des sociétés grecques, elle a récemment publié La fabrique du citoyen. Les Grecs et la politeia d’Aristote à Auguste.

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Souvent réduite à une forme d’hésitation, la prudence est en réalité une vertu exigeante, au cœur de l’action et de la décision. De l’Antiquité à aujourd’hui, elle interroge notre rapport au risque, à la responsabilité et au jugement.

À partir des travaux d’Ilaria Taddei et de Catherine Van Offelen, cette émission explore une prudence qui n’est ni passivité ni renoncement, mais discernement face à l’incertitude et capacité à agir justement dans des situations complexes.

Ilaria Taddei, professeure d’histoire médiévale à l’Université Grenoble Alpes, est spécialiste de l’Italie des XIIIe-XVe siècles et des pratiques de gouvernement, notamment à Florence. Elle a publié La Prudence au pouvoir.
Catherine Van Offelen, essayiste, travaille sur la prudence antique comme vertu d’action lucide. Elle est l’autrice de Risquer la prudence, paru chez Gallimard.

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La Commune de Paris naît le 18 mars 1871 dans un contexte de crise profonde, après la défaite contre la Prusse, la chute de Napoléon III et le siège de la capitale. L’arrivée au pouvoir d’Adolphe Thiers et la tentative de désarmer la Garde nationale déclenchent une insurrection qui conduit à l’établissement d’un pouvoir communal.

Pendant 72 jours, la Commune met en œuvre un projet politique original, porté par divers acteurs et marqué notamment par l’engagement des femmes. Mais cette expérience se heurte à de fortes tensions internes et à l’opposition du gouvernement versaillais. Elle s’achève dans la violence de la Semaine sanglante.

L’historien Michel Winock revient sur les origines, le fonctionnement et l’héritage de cet épisode, devenu une référence majeure pour les traditions socialistes et révolutionnaires, tout en restant au cœur de débats mémoriels opposés.

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Depuis l’élection en 2025 de Francis Prevost sous le nom de Léon XIV, le choix de ce nom interroge. Outre la référence à saint Léon le Grand, le nouveau pape a voulu rendre hommage à Léon XIII, qui régna de 1878 à 1903.

Né Pecci, Léon XIII est considéré comme le père de la doctrine sociale de l’Église, notamment à travers son encyclique Rerum novarum, qui propose une voie médiane entre capitalisme et socialisme.

Son pontificat soulève plusieurs questions : quelles furent ses origines et son parcours au sein de la curie ? Était-il un pape moderne ou conservateur ? Et comment a-t-il redéfini la diplomatie pontificale après la disparition des États pontificaux ?

L’invité : Jean-Baptiste Noé est docteur en histoire. Spécialiste du Vatican, il est aussi le rédacteur en chef de la revue Conflits. Il est l’auteur d’une biographie de Léon XIII. Le pape de la modernité (Salvator, 280 p., 21 €). 

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De tous les hérétiques médiévaux, les Cathares sont les plus célèbres. Pourtant, ils nous sont connus presque uniquement à travers les registres de l’Inquisition qui les ont condamnés. Qui étaient-ils vraiment ? Le terme lui-même est-il utilisé à l’époque ? Peut-on parler d’un mouvement structuré, et quelle en serait la composition sociale ?

Face à ce qu’elle perçoit comme une menace, l’Église déploie plusieurs réponses : prédication, croisade, puis Inquisition. Mais la disparition du phénomène doit-elle être attribuée à la répression inquisitoriale ou à l’essor des ordres mendiants ?

Normalien et ancien membre de l’École française de Rome, Arnaud Fossier est maître de conférences en histoire à l’université de Bourgogne. Spécialiste du gouvernement de l’Église médiévale, il est notamment l’auteur de Les Cathares, ennemis de l’intérieur.

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Née Letizia Ramolino dans une Corse en pleine mutation au XVIIIᵉ siècle, elle épouse très jeune Charles Bonaparte et s’inscrit dans les bouleversements politiques de l’île. Devenue veuve à 36 ans, mère de treize enfants dont huit survivront, elle traverse la Révolution, l’exil et l’ascension de Napoléon, veillant sans relâche à la promotion et à la cohésion de sa famille.

De la société ajaccienne à la cour impériale, elle joue un rôle clé dans la solidité du clan. À partir des correspondances familiales, Laetitia de Witt met en lumière une figure longtemps caricaturée : impliquée dans les alliances matrimoniales, attentive aux rivalités internes, Letizia Bonaparte apparaît comme une véritable cheffe de famille, au cœur des stratégies dynastiques.

L’invitée : Laetitia de Witt, historienne et vice-présidente de l’Institut Napoléon, publie Letizia Bonaparte (Tallandier, 496 p., 25,90 €).

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Comment écrire une autre histoire du Maghreb ? Cette région du monde est trop souvent réduite à des phénomènes de radicalité religieuse ou à sa période coloniale. Pourtant, grâce à l’apport des recherches récentes, il est possible de raconter une histoire globale et transversale de l’époque contemporaine maghrébine.

Pourquoi le Maroc parvient-il à rester hors de la sphère ottomane, contrairement à l’Algérie et à la Tunisie ? La distinction entre Arabes et Berbères au Maghreb repose-t-elle sur la langue ? L’islam est-il un facteur de solidarité entre les trois pays du Maghreb lors de la colonisation ? Existe-t-il une spécificité de la violence coloniale employée lors de la conquête d’Algérie ? Que reste-t-il des structures d’organisations sociales précoloniales après la conquête française ?

Pour Storiavoce, Majid Embarech répond à ces questions et présente un panorama politique, économique et sociétal du Maghreb à l’époque précoloniale et jusqu’au début du XXe siècle.

L’invité : Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Côte d’Azur, Majid Embarech est un spécialiste de l’histoire du Maghreb contemporain. Il est l’auteur de Histoire du Maghreb de la fin du XVIIIe siècle aux printemps arabes (Armand Colin, 534 p., 37,00 €).

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La place des femmes à la préhistoire fait toujours débat. Au XIXe siècle, on les imaginait cantonnées au foyer ; aujourd’hui, certains les voient chasseuses et émancipées. Pour l’archéologue Anne Augereau, ces visions restent anachroniques et ne reflètent pas la complexité des sociétés préhistoriques.

De Néandertal au Néolithique, en passant par les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, elle dresse un état des lieux de l’archéologie du genre. Quels rôles occupaient les femmes ? Comment s’organisaient les rapports entre les sexes ? Peut-on dater l’émergence du patriarcat, et la sédentarisation marque-t-elle vraiment une rupture ?

Anne Augereau, archéologue à l’INRAP et spécialiste du Néolithique, publie Une Préhistoire des femmes (La Découverte).                                                                                                                                                                                                                      

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Comment la conquête romaine a-t-elle transformé les sociétés du Nord de l’Europe ? L’historien Vivien Barrière analyse les effets de la romanisation chez les Gaulois, Bretons et Germains : urbanisation, diffusion de l’écriture, émergence de nouvelles élites et évolutions religieuses. Il interroge aussi l’image du Nord construite par les auteurs romains et le rôle des monuments urbains dans la mise en scène de la domination de Rome.

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Déclenchée en 1853 dans le contexte de la « Question d’Orient », liée au déclin de l’Empire ottoman, la guerre de Crimée oppose la Russie à une coalition formée par la France et le Royaume-Uni, bientôt rejoints par le Piémont-Sardaigne. Sous prétexte de protéger les chrétiens d’Orient et ses droits sur les Lieux saints, la Russie cherche à accroître son influence dans les Balkans et sur les détroits.

Du siège de Sébastopol aux négociations du Congrès de Paris en 1856, le conflit révèle l’ampleur des rivalités entre grandes puissances européennes.

Dans cette relecture, Yves Bruley montre que la guerre dépasse largement le théâtre criméen. Elle consacre l’affirmation d’une diplomatie multilatérale et replace la France de Napoléon III au centre du jeu international.

L’invité : historien et maître de conférences à l’École pratique des hautes études, Yves Bruley est spécialiste des relations internationales du XIXᵉ siècle. Il publie La Guerre de Crimée dans la collection « Que sais-je ? ».

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Longtemps, la conquête de la Gaule a été racontée presque exclusivement à partir du récit de Jules César. De Gergovie à Alésia, ce texte fondateur a façonné l’image d’un affrontement dominé par la figure de Vercingétorix. Mais les progrès de l’archéologie renouvellent aujourd’hui la connaissance de la Gaule du Ier siècle avant notre ère et invitent à relire La Guerre des Gaules en interrogeant ses silences et ses partis pris. Michel Reddé est archéologue et historien, directeur d’études émérite à l’École pratique des hautes études. Il publie La Gaule devant César aux Belles Lettres.

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Pour un Romain, où commence le Nord ? Quand les auteurs antiques évoquent les « peuples du Nord », que désignent-ils réellement derrière des catégories comme Gaulois, Germains ou Bretons ? Dans cette émission, l’historien et archéologue Vivien Barrière réévalue la vision romaine de ces marges septentrionales. Il montre comment l’Empire pense ses relations avec ces peuples, entre diplomatie et interventions militaires. Installée durablement aux frontières du Nord, l’armée romaine sert à la fois de rempart, de vecteur d’intégration culturelle et de moteur économique pour les populations locales.

L’invité : Vivien Barrière est maître de conférences en histoire et archéologie à CY Cergy Paris Université. Spécialiste de la romanisation dans les provinces occidentales, il vient de coéditer Les Mondes du Nord. De la préhistoire à l’âge viking (Tallandier).

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François Mitterrand demeure une figure majeure et paradoxale de la politique française. Issu d’un milieu catholique conservateur, acteur controversé de la Seconde Guerre mondiale, il devient pourtant l’artisan de l’union de la gauche et préside la France pendant quatorze ans. Comment comprendre cette trajectoire singulière ?

Agrégée et docteure en histoire, Judith Bonnin est maîtresse de conférences à l’université Bordeaux Montaigne et spécialiste d’histoire politique. Elle vient de publier, avec Pierre-Emmanuel Guigo, une biographie de François Mitterrand (PUF).

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