Charles Quint ou la fin des temps

 

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Nous sommes le 25 octobre 1555, le vieil empereur Charles Quint s’adresse à la Cour impériale dans son palais bruxellois : « Je me sens maintenant si fatigué, dit-il, que je ne saurais vous être d’aucun secours, comme vous le voyez vous-même. Epuisé et brisé comme je le suis, j’aurais des comptes à rendre à Dieu et aux hommes si je ne renonçais à gouverner. » Dans les anciens royaumes chrétiens, le souverain tenait son pouvoir de Dieu si bien que l’abdication consistait à renoncer à une fonction dont le prince n’était pas le maître. A l’époque moderne, alors que l’homme commençait à dominer la nature, à maîtriser les espaces dans le prolongement des grandes découvertes, se répandait ce sentiment que les espagnols appelaient le desengaño. Le mot exprimait « une distance vis-à-vis de soi-même et vis-à-vis de ses actes, la conviction d’une insuffisance inhérente à l’état de créature. » (J. le Brun) D’où le renoncement au monde dans le sens quasi biblique du terme, là où se révèle le vrai visage de Dieu. L’auditeur nous pardonnera de commencer cette émission par la fin, c’est-à-dire par l’abdication de Charles Quint et par son retrait du monde. Un monde qui s’en va lui-même puisque la chrétienté n’est plus… Certes, l’empereur Charles Quint vit une époque qui sait le glorifier, mais ce personnage impénétrable cachait en lui une peur face au tragique de l’histoire : « Une épreuve dramatique toujours recommencée, durant laquelle ce qui a été gagné est sous tension d’être perdu, bien vite. ». Ces derniers mots sont de Denis Crouzet. Ils sont tirés de son dernier livre Charles Quint Empereur d’une fin des temps. Un portrait psychologique d’un personnage hors du commun et qui se concentre sur une période décisive de son règne: la bataille de Mülhberg, symbole paradoxal d’une victoire inutile du catholicisme, contre les princes luthériens. Un entretien avec Christophe Dickès.

L’invité: Historien moderniste, Denis Crouzet est professeur à l’université Paris IV-Sorbonne. Spécialiste du XVIe siècle, de la violence et des troubles religieux ainsi que de l’histoire des mentalités et de l’imaginaire, il est l’auteur de multiples ouvrages. Il vient de publier chez Odile Jacob Charles Quint Empereur d’une fin des temps. Denis Crouzet a dirigé entre autres les travaux de Marie Barral-Baron que nos auditeurs peuvent retrouver sur Storiavoce à propos d’Erasme.

Attention, la vidéo ci-dessous est une reprise de l’enregistrement audio. l’image est donc fixe.

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